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Texte Stefan Zweig. Adaptation, mise en scène Philippe Faure. Assisté de Emmanuel Robin. Editions l’avant-Scène Théâtre, Septembre 2005. Scénographie, costumes Alain Batifoulier. Construction des décors Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E. Direction technique Michel Beuchatchef. Constructeur Thomas Beimowski. Peintre Christophe Ryser. Réalisation des costumes Ateliers Caraco. Lumière André Diot. Musique Christian Boissel interprétée par Bruno Sansalone (Clarinette), Nadia Kuentz (Violon), Bernard Guay (Contrebasse), Soléa Garcia-Fons (Voix), Patrick Gabard (Violoncelle), Etienne Canavesio (Cor), Christian Boissel (Piano).Prise de son Laurent Lechenault. Coiffure, maquillage Stéphane Malheu. Avec Sylvie Testud (Edith), Bruno Sermonne (Docteur Condor), Mathieu Loth (Anton Hofmiller), Michel Baumann/Albert Delpy (M. Kekesfalva), Estelle Bealem (Ilona). Direction technique Gilles Vernay. Equipe technique de création : régie son Laurent Lechenault, régie lumière Christophe Renon, Jean-Philippe Pozzi, Jean-Michel Cailloux, régie plateau Gilles Rissons, Vincent Perreux. Equipe technique en tournée : Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E./Suisse, régie générale Julio Cabrera, régie plateau Michel Jarrin , régie son Denis Hartmann, régie lumière Jean-Luc Mutrux, habillage Danielle Jeauffre, administratrice de tournée Delphine Racine . Coproduction Théâtre de La Croix-Rousse/Lyon, Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E/Suisse. Coréalisation MC2/Maison de la Culture de Grenoble. Avec le soutien du Réseau des villes Rhône-Alpes. Avec la participation artistique de L’ENSATT. En partenariat avec France-Inter, L'Express, la FNAC, l'Avant-Scène Théâtre, la SPEDIDAM. Durée environ 1h45. Remerciements Camille Figuéréo. Photos Bruno Amsellem. Textes Nathalie Duchambon, Philippe Faure.

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VICHY
le 22 novembre 2006
OPERA DE VICHY
Palais des congrés
5, rue du Casino
03200 Vichy
Réservations : 04 70 30 50 30 / 04 70 30 50 56
Horaires :
mercredi 22 novembre à 20h30
www.ville-vichy.fr
culture@ville-vichy.fr
Istres
le 5 décembre 2006 (option)
Théâtre des Oliviers
Bd Léon Blum
13800 Istres
Réservations : 04 42 56 48 48
Horaires :
mardi 5 décembre à 20h30
www.theatredelolivier.com
contact@theatredelolivier.com
Arcachon
le 15 décembre 2006
Théâtre olympia
21 avenue du Général de Gaulle
33120 Arcachon
Réservations : 05 56 22 01 10
Horaires :
samedi 16 décembre à 20h45
Bordeaux
Du 11 au 13 janvier 2007
TnBA - Théâtre national de Bordeaux en aquitaine
Square Jean Vauthier
33031 Bordeaux Cedex
Réservations : 05 56 33 36 80
Horaires :
jeudi 11 janvier à 19h30
vendredi 12 janvier à 20h30
samedi 13 janvier à 20h30
www.tnba.org
Aix-en-provence
Du 23 au 26 janvier 2007
Théâtre du jeu de paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
Réservations : 0 820 000 422
Horaires :
mardi 23 janvier à 20h30
mercredi 24 janvier à 19h
jeudi 25 janvier à 20h30
vendredi 26 janvier à 20h30
www.lestheatres.net
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SAINT QUENTIN
le 25 novembre 2006
Le Splendid
Bd Léon Blum
02100 Saint-Quentin
Réservations : 03 23 62 36 77
Horaires :
samedi 25 novembre à 20h30
culture@ville-saint-quentin.fr
Périgueux
le 8 décembre 2006
L'odyssée
Esplanade du Théâtre
24000 Perigueux
Réservations : 05 53 53 18 71
Horaires :
vendredi 8 décembre à 20h30
www.odyssee-perigueux.fr
odyssee@perigueux.fr
Nevers
Le 19 décembre 2006
Maison de la culture de nevers et de la Nièvre
2, Bd Pierre de Coubertin
58004 Nevers Cedex
Réservations : 03 86 93 09 09
Horaires :
mardi 19 décembre à 20h
www.mcnn.fr
infos@mcnn.fr
Neuchâtel
Les 16 et 17 janvier 2007
Théâtre du passage
4 Passage Maximilien de Meuron
2000 Neuchâtel
Réservations : +41 32 717 79 07
Horaires :
mardi 16 janvier à 20h
mercredi 17 janvier à 20h
www.theatredupassage.ch
Saint-germain-en-laye
Le 30 janvier 2007
Théâtre Alexandre dumas
Jardin des Arts
Place André Malraux
78108 Saint-germain-en-Laye
Réservations : 01 30 87 07 07
Horaires :
mardi 30 janvier à 20h45
www.saint-germain-en-laye.fr
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Limoges
du 30 novembre au 2 décembre 2006
Théâtre de l'union/Centre dramatique national du Limousin
20, rue des Coopérateurs
87006 Limoges
Réservations : 05 55 79 90 00
Horaires :
jeudi 30 novembre à 18h30
vendredi 1er décembre à 20h30
samedi 2 décembre à 20h30
www.theatre-union.fr
Ruel-Malmaison
les 12 et 13 décembre 2006
Théâtre André-malraux
Place des Arts
92504 Rueil-Malmaison
Réservations : 01 47 32 24 42
Horaires :
mardi 12 décembre à 20h45
mercredi 13 décembre à 20h45
www.tam.fr
Compiègne
Le 22 décembre 2006
Espace jean-legendre
2-Place Briet Daubigny
60200 Compiègne
Réservations : 03 44 92 76 76
Horaires :
vendredi 22 décembre à 20h45
www.espacejeanlegendre.com
information@espacejeanlegendre.com
Saint-Louis
Les 19 et 20 janvier 2007
La coupole
2 Croisée des Lys
68300 Saint-Louis
Réservations : 03 89 70 03 13
Horaires :
vendredi 19 janvier à 20h30
samedi 20 janvier à 20h30
www.lacoupole.fr
Corbeil-essonne
Le 2 février 2007
Théâtre de Corbeil-Essonne
20-22, rue Félicien Rops
91100 Corbeil Essonnes
Réservations : 0810 400 478
Horaires :
vendredi 2 février à 20h45
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VIDY
DU 25 OCT. AU 18 NOV. 05
THEATRE VIDY-LAUSANNE E.T.E
Avenue Jacques Dalcroze 5
CH-1007 Lausanne
billetterie@vidy.ch
www.vidy.ch
CHAMBERY
LE 10 DECEMBRE 05
ESPACE MALRAUX
67, place François Mitterand
BP 147
73001 Chambéry cedex
THONON
LES 17 ET 18 JANVIER 06
MAISON DES ARTS THONON-EVIAN
4 bis avenue d’Evian
74200 Thonon
www.mal-thonon.org
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CRETEIL
DU 22 NOV. AU 3 DEC 05
MAISON DES ARTS ET DE LA CULTURE
Place Salvador Allende
94000 Créteil
www.maccreteil.com
GRENOBLE
DU 13 AU 17 DECEMBRE 05
MC2
4 rue Paul Claudel BP 2448
38034 Grenoble cedex 2
www.mc2grenoble.fr
NICE
DU 25 AU 28 JANVIER 06
THEATRE NATIONAL DE NICE
Promenades des Arts
06300 Nice
contact@theatredenice.org
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ANNEMASSE
LES 6 ET 7 DECEMBRE 05
CHATEAU ROUGE
1 route de Bonneville BP 293
74112 Annemasse cedex
www.chateau-rouge.net
NAMUR
DU 10 AU 14 JANVIER 06
THEATRE DE NAMUR
Place du théâtre
B-5000 Namur
info@theatredenamur.be
www.theatredenamur.be
NANTES
DU 8 AU 10 FEVRIER 06
ESPACE 44,
maison de la culture
de la loire-atlantique
84 rue de Général Buat
44000 Nantes
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Fragile équilibre
Le sujet de La Pitié dangereuse : une faiblesse meurtrière, une lâcheté morale, des bons sentiments qui suscitent le drame. Un impossible amour entre une jeune fille et un jeune homme, atteints chacun de paralysie.
Paralysie motrice pour la première, paralysie psychique pour le second. Le dénommé Hofmiller, jeune officier de cavalerie de son état, est incapable d’imaginer que l’amour peut animer cette jeune fille parce qu’elle est infirme, et il lui est encore plus inconcevable d’imaginer que lui-même pourrait l’aimer. Des perspectives qui lui font également horreur. Une exclusion de principe, qui pour être humaine, est éminemment choquante.
Par l’arrière-fond psychologique qu’elle instaure dans le face-à-face d’Anton et d’Edith, la pièce de Philippe Faure retient l’intérêt. Est-il cruche ce lieutenant, se dit-on, incapable de voir qu’on l’aime. « Bêta » dit gentiment Edith. Quand il s’enfuit après sa première bourde, inviter une paralysée à danser, il disparaît en criant : « Je suis innocent ». Il l’est, mai pas au sens où il l’entend. Tout au long de sa fréquentation d’Edith, pris qu’il est entre pitié d’elle et admiration de soi pour le sacrifice de quelques heures, pour l’aumône d’un temps passé auprès d’elle, il est irresponsable. Et il en devient coupable. Elle, elle est tout simplement romanesque. Elle n’a plus de jambes mais elle a un cœur (et un corps) qui s’émeut à la vue du jeune homme. Mais plus encore, elle est aussi terriblement lucide… Benjamin Egner est crédible en jeune officier maladroit et coincé. Sylvie Testud, Edith, est tout le temps juste, parfaite de naturel. Bruno Sermonne (Condor) donne à son personnage la stature qu’il convient au notable, et à la « force dévouée » qu’il représente, de l’épaisseur.
Avec ses portes qui s’ouvrent et se referment sur d’autres lieux de l’action, à même un décor central et unique à l’atmosphère oppressante, la scénographie est astucieuse.
Les lumières, souvent traitées de côté, traduisent le biaisé des relations qui s’y déploient. La partition musicale, volontiers ironique, parfois d’une douleur nue, à l’image des dernières notes qui s’égrènent lancinantes comme un remord, est à elle-même un personnage. Elle épouse, suit ou s’inscrit en contrepoint de l’action.
Nelly Gabriel, LE FIGARO LYON, mercredi 5 octobre 2005. |
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Le coup de cœur de Jean-Marc Stricker
qui nous emmène au Théâtre de la Croix Rousse à Lyon pour une adaptation de Stefan Zweig « La Pitié Dangereuse »
Oui Stephan Zweig fait partie de ces hommes trop loin d’être assez naïf pour être optimiste. Juif autrichien et viennois, érudit, universel et polyglotte, Zweig est l’une des figures les plus marquantes de la Vienne fin de siècle. Cette société en pleine désagrégation fertile et ce jusqu’à la guerre de 14.
Parfaitement lucide réalisant que nazisme et fascisme sont et seront les sempiternels rejetons de l’humanité l’auteur et sa femme exilés au Brésil se suicident en 1942, ZWEIG a 61 ans.
Essayiste, nouvelliste, biographe, Stefan Zweig n’a écrit qu’un roman « La Pitié Dangereuse » connu aussi sous le titre de « L’impatience du Cœur », c’est une question de point de vue.
Soit la dangereuse pitié sans amour du séduisant Anton pour Edith la paralysée en béquilles au fauteuil roulant, soit l’impatience du cœur passionné de l’infirme amoureuse du bel Anton dont elle rejette la pitié.
Comme plus tard son auteur, la jeune Edith se suicidera.
L’adaptation du roman par Philippe Faure est remarquable, fidèle au cheminement de l’auteur dans les ténèbres sans issues de la destinée humaine.
Implosion dans l’intimité, évasion dans la fuite en avant, le décor d’Alain Batifoulier est un terrain idéal pour ce paradoxe.
Paradoxe littéralement incarné par Sylvie Testud dans le rôle d’Edith, détresse plongeante, distance lucide, shoot à l’humour noir, Sylvie Testud est captivante.
France Inter 13/14 Mercredi 5 octobre 2005
« Après 1h30, on est K.O. de la profondeur des sentiments. »
France-Info
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Le piège
Philippe Faure signe une adaptation scénique marquée par un souci évident de fidélité au captivant roman de Stefan Zweig.
C’est avec un mélange de crainte et d’extrême impatience que l’on attendait l’adaptation théâtrale réalisée par Philippe Faure du roman éponyme de Stefan Zweig, La Pitié dangereuse. Evidemment pour découvrir sur un plateau de théâtre la tête d’affiche du spectacle, l’attachante Sylvie Testud, dont les apparitions sur grand écran (Karnaval, Les Blessures assassines, Stupeur et tremblements) ont connu un succès amplement mérité… Mais surtout, au fond, pour voir comment l’œuvre de l’écrivain viennois pouvait exister sur une scène. Il faut dire que ce roman, autrefois fiévreusement dévoré dans une édition de poche défraîchie, fait à nos yeux partie de ceux qui marquent leur lecteur d’une indélébile empreinte. On y est captivé non seulement par l’histoire que construit Zweig avec une habileté machiavélique, mais aussi par la profondeur, la justesse de la réflexion sur le cœur humain, que son bouleversant récit fait naître. On retrouve ces deux éléments essentiels dans la mise en scène de Philippe Faure. Il a su parfaitement recréer l’ambiance, très Mitteleuropa du début du siècle dernier, propre à La Pitié dangereuse. Grâce au décor superbe d’Alain Batifoulier, fait de boiserie ouvragées, de vastes panneaux muraux s’ouvrant sur des toiles inspirées par de grands peintres contemporains de Zweig (Gustav Klimt, Félix Vallotton), on est transporté dans cette petite ville de garnison autrichienne. Et les costumes d’époque complètent cette agréable sensation de dépaysement. L’histoire peut se dérouler dans les meilleures conditions. Et sur ce point, c’est le travail d’adaptateur de Faure qu’il faut apprécier. Par une succession de dialogues tendus, de monologues intérieurs éclairants, il est habilement parvenu à bâtir un spectacle d’une heure trente qui restitue, en tout cas en partie, l’intensité d’une œuvre qui contient plus de trois cents pages. Les étapes du livre sont présentes, on voit comment petit à petit un homme lâche et menteur comme beaucoup d’autres, saisi par ce sentiment terrible qu’est la pitié, va s’enfoncer dans une manière de piège. Comment, parce qu’il s’apitoie sur une infirme, sa vie va devenir une tragédie inextricable. Le piège se referme sur lui comme sur le spectateur, tenu en haleine par cette histoire d’amour falsifiée dès le départ.
Nicolas Blondeau, LYON CAPITALE, semaine du 4 octobre 2005
Sylvie Testud, fauve dans le mélo
L’actrice mord dans « la Pitié Dangereuse »
Pour un peu elle tirerait la langue à son mufle d’amoureux, qui ne l’aime pas tant que ça d’ailleurs, le gredin. Dans son fauteuil de paraplégique, Sylvie Testud à la facétie d’une fillette de la Comtesse de Ségur. L’actrice « césarisée » - c’est l’expression, elle est vilaine - de Stupeur et tremblements et des Blessures Assassines, se propulse en avant, crinière en fête, accélère dans son fauteuil comme sur une piste de karting, tournoie autour de sa proie, le bel officier de La Pitié Dangereuse, roman à tiroir rempli de mouchoirs signé Stephan Zweig. Trois cent pages mélo pour palpiter sous l’édredon une nuit d’automne, trois cent pages dont le metteur en scène, Philippe Faure a extrait le nerf et les couleurs fauves dans une adaptation aussi efficace qu’inspirée.
Le charme fort de cette Pitié Dangereuse c’est qu’elle court vers le précipice imaginé par l’auteur d’Amok sur un pas de valseur plutôt que sur une jambe neurasthénique. Comme s’il y avait dans cette précipitation une impatience très viennoise, un art de tout brûler autour de soi pour que ne subsiste aucun regret à l’heure du saut dans le vide.
Histoire d’une passion mortelle donc, Sylvie Testud alias Edith s’enflamme sur ses béquilles pour un lieutenant habile à la manœuvre (Benjamin Egner), bientôt piégé par sa mauvaise conscience. Autour de cette belle aux ailes fauchées, un père (Albert Delpy), prêt à tout pour un miracle et un médecin (Bruno Sermonne) qui croit plus à la compassion qu’à la médecine. Sylvie Testud, elle, virevolte, papillon solitaire piégé par la nuit. Il y a du printemps dans son drame. Un feu qu’on emporte avec soi.
Alexandre Demidoff - Le Temps « Sortir » du 20 au 26 octobre 2005
La possibilité d’être vrai
Elle irradie dans La Pitié Dangereuse, de Stefan Zweig, un roman déchirant adapté et mis en scène par Philippe Faure. Au baisser de rideau dans les coulisses du Théâtre de la Croix - Rousse, à Lyon, Sylvie Testud déborde de vie et continue à émouvoir.
Interview.
Sous peine de pitié
A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, Stefan Zweig, écrivain autrichien qui souffre déjà des ravages de la Première écrit La Pitié Dangereuse. Il y raconte en écho de ses angoisses, l’histoire d’un amour impossible entre Anton, jeune officier de cavalerie (Benjamin Egner) et Edith (Sylvie Testud), paralysée, fille infortunée du fortuné Kekesfalva. Au cours d’une soirée, Anton invite Edith à danser sans s’apercevoir que ses jambes sont mortes. Désireux de réparer sa « faute », le jeune homme multiplie les visites, mais sa pitié va s’avérer catastrophique pour Edith qui y voit les signes de l’amour…
Adapté par Philippe Faure qui assure également la mise en scène, le roman de Zweig prend ici la dimension d’une tragédie. Guidés par la superbe scénographie d’Alain Batifoulier, entre ombres et couloirs de lumière, ouvrant sur les couleurs de la vie, les cinq comédiens donnent à voir un drame en crescendo , intensifiant leur jeu au fil de l’atroce mise à jour de la vérité. Toute de passion retenue, puis de rage désespérée, Sylvie Testud montre qu’elle porte en elle les qualités d’une tragédienne.
C.J
Sylvie c’est ma copine ! Après cinq minutes d’entretien sous le charme de son joli minois et de sa vive intelligence, on aimerait poursuivre la discussion toute la nuit, en mangeant dans un bouchon de Lyon, sa ville natale. Volubile et chaleureuse, elle vous confie entre deux brillantes réflexions sur le jeu théâtral, qu’elle adore les fromages qui puent et les crêpes, notamment de ses amis lausannois du resto La Chandeleur. Malgré une peur existentielle envahissante, Sylvie vibre d’énergie et dévore la vie.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans le personnage d’Edith, jeune femme autrichienne du début du siècle, aux jambes paralysées et éperdue d’amour pour un bel officier ?
En règle générale, ce qui m’attire, ce sont les paradoxes. Je refuse donc les personnages qui sont trop linéaires, trop droits, trop attendus…Edith, on attend qu’elle soit triste et taciturne, en bout de vie pratiquement. Ce qui m’intéresse moi, c’est qu’on se dise que le jeune homme a tort de ne pas l’aimer. Elle a assez d’atouts, hormis ses jambes qui ne fonctionnent pas, pour qu’il tombe amoureux d’elle. C’est une histoire d’amour que je lis, que je vois.
Dans certaines scènes vous apparaissez d’ailleurs très belle…
Je voulais qu’Edith soit solaire. Qu’elle soit en mouvement, bien qu’elle ne marche pas. Une femme quoi ! Je voulais surtout me battre contre cette phrase affreuse du lieutenant qui dit : « J’avais pensé à tout mais pas qu’une malheureuse, incapable de traîner son corps, pût rêver d’un amoureux, d’un amant. Jamais l’idée ne me serait venue que dans son corps d’infirme puisse exister les mêmes organes, que dans son âme pussent couver les mêmes désirs que chez les autres femmes… » C’est carrément l’horreur ce truc ! En fait, le problème du handicapé, c’est aussi le problème de la personne qui regarde.
Aviez-vous déjà eu connaissance de cet univers du handicap ?
Heureusement pour moi je touche du bois non. Je vais plutôt bien physiquement, et même on va dire mentalement (rires). Cela me rend dingue quand mon esprit et mon corps ne sont pas en cohésion, mais c’est quelque chose qu’on a tous vécu. Il y a toujours un moment où on rate quelque chose.
Votre handicap à vous, ne serait-ce pas la peur dont vous parlez dans votre dernier livre ou est-ce un moteur ?
La peur me broie ! C’est aussi un moteur artistique, un moteur de l’humour parce qu’il vaut mieux en rire. Voyez ce soir, mon coiffeur est obligé de m’attendre. Je dormirais dans le théâtre s’il ne me raccompagnait pas. Dès que le soleil se couche….pour moi, c’est handicapant à en crever. C’est une partie de la vie qui ne m’est pas donnée, on va dire !
N’est-ce pas aussi un défi à surmonter qui permet d’avancer ?
C’est vrai. Quand on fait l’effort d’aller vers la vie, comme moi, on prend appui sur le problème plutôt que de se laisser écraser.
Edith a un impossible rêve, l’amour, et vous quel est le votre ?
Pour moi, ce serait la quiétude totale. La sérénité à laquelle je crois que tout le monde aspire. Un jour, quelqu’un vous a balancé là, alors que vous n’aviez rien demandé. Vous devez ensuite être à la hauteur de ce que vous n’avez pas demandé. C’est quand même horrible, non ?
Qu’avez-vous envie de laisser aux gens qui viennent vous voir ?
En dehors d’émouvoir, parce qu’une pièce est toujours prétexte à l’émotion et à vivre des choses du commun, Stefan Zweig est formidable, parce qu’il se débrouille pour que ce qui semble être le problème du handicap devienne le problème d’un couple qui ne se fait pas. Cela permet de changer le regard.
En tant qu’écrivain vous-même, que pensez-vous de son écriture ?
Ouh, là là, je ne me considère même pas comme un écrivain. Je parle de choses qui me sont extrêmement proches. Lui a beaucoup de finesse. Tout ce qu’il dit n’est pas ce qui est raconté. Moi, humblement, je raconte ce que je veux dire. Ou alors je n’ai pas assez de recul sur mon écriture…
Pensez-vous cependant que vos livres seront un jour, adapté à la scène ?
Le premier, Il n’y a pas beaucoup d’étoiles ce soir, va être adapté au cinéma. Voilà, ça c’est fait ! (Rires). J’ai lu l’adaptation et c’est plutôt rigolo. C’est trahi, ce qui est normal, c’est la vision du réalisateur. Une autre actrice va l’interpréter. Je ne vais quand même pas l’écrire, jouer dedans, aller me regarder et ensuite écrire encore un bouquin sur le tournage, ce serait kafkaïen…(Rires.) A se noyer dans mon nombril. Le deuxième, Le Ciel l’aidera, va peut-être devenir une série du style Un gars, une fille avec un personnage qui se noie dans un verre d’eau. Ils n’ont pas osé me le dire, mais pour qu’ils veuillent adapter toutes mes nouvelles, ça doit être ça….
Ecrivain, comédienne au cinéma et au théâtre et maman, c’est beaucoup, non ?
Vous avez raison de bien noter maman ! Là il y a de vrais risques, des virages à ne pas rater pour cet enfant qui n’a rien demandé. Quand on me dit que je prends des risques au cinéma, c’est quand même modéré. Même si je flirte parfois avec la folie dans mes rôles, le soir j’ai toujours un bon pote avec qui en discuter et je lâche. Je crois que les gens qui prennent des risques sont ceux qui ne vont pas assez fort dans un rôle. Il leur en reste quelque chose.
Le jeu est-il un moyen de canaliser votre imagination ?
C’est vrai que j’ai une imagination débordante, encombrante. Oui j’ai besoin d’être canalisée par un metteur en scène ou le jeu. S’il n’y a personne pour ranger dans les tiroirs, c’est le chaos. Plus on décide à ma place et plus je suis contente. J’arriverais à foutre le bordel malgré tout, à l’intérieur du cadre.
Comment vivez-vous la scène ?
Je ne fais pas énormément de théâtre, mais c’est émouvant de voir tout ces gens qui sont là et qui se taisent en même temps et qui rient en même temps, c’est assez étrange et enivrant. En revanche, je ne crois pas que je peux faire deux pièces par an, même une d’ailleurs. J’ai l’impression que quand j’ai fait quelque chose, je ne peux pas le refaire. A un point qui me rend dingue. Du coup ce n’est pas de tout repos.
Vous semblez vous cacher derrière des personnages alors que dans vos livres vous utilisez le je. Pourquoi ?
Vous avez raison de dire caché ! Le personnage est un garde-fou. Il vous protège et vous donne le droit d’être méchant, en colère, gentil, ou hyperamoureux…Vous pouvez alors arrêter de jouer car dans la vie, malheureusement, on est obligé de jouer. En revanche, quand vous incarnez, un personnage, vous pouvez être vous. C’est très bizarre. Je ne suis jamais plus calme que quand je ne suis pas dans la vie. Parce que je suis plus proche de moi, même si ce n’est pas moi !
PROPOS RECUEULLIS PAR CORINNE JAQUIERY
Un bouleversant égarement
La Pitié dangereuse de Stefan Zweig à la Maison de Créteil
Un corps en souffrance, une âme qui s’exalte, une lumière qui lutte dans la pénombre, tel est le sublime personnage d’Edith Kekesfalva, clouée dans un fauteuil roulant par la paralysie de ses jambes. Face à elle, un homme jeune, le lieutenant Anton Hofmiller, qui, pour effacer une maladresse cruelle il a invité Edith à danser…- fréquente la maison du père. Et la jeune fille se méprend, le croit amoureux et s’enflamme… « La torture la plus affreuse qu’un homme puisse éprouver, je le sais maintenant, c’est d’être aimé malgré soi », pense l’innocent officier, bien frêle dans le sentiment, bien balbutiant sur ce qui est du cœur et du corps. Car ce qui est audacieux, dérangeant et beau dans l’œuvre de Stefan Zweig, située en 1913 en Autriche, est qu’il ne s’agit pas d’autre chose que de pulsion, de sexe, de rejet…
Philippe Faure, qui signe la délicate adaptation et la met en scène, ne craint pas d’affronter cette vérité-là. Pas d’atermoiements sentimentaux ici, mais la force irrépressible du désir ou le noir vertige de son absence.
Un beau décor, volontairement abstrait, d’Alain Batifoulier. Les vives couleurs des pièces de la maison se cachent derrière des panneaux qui pivotent, ouvrant l’espace. L’essentiel se joue dans le cadre de lambris sombres, parquet de bal qui est un piège…Élégants costumes, jeu fluide. Philippe Faure a très bien élaboré sa distribution : alacrité de l’âme sœur Ilona, bien dessinée par Estelle Clément Bealem, stricte et émouvante présence du Docteur Condor, par la sourde inquiétude de Bruno Sermonne, finesse tragique du père désespéré que joue si bien Albert Delpy.
Benjamin Egner donne à Anton son immaturité de garçon, sa rayonnante loyauté, sa fierté et sa honte, son impuissance sans lâcheté. Il est très bien dans les contradictions de ce personnage qui est lui aussi victime. Lumineuse et intrépide, telle Edith elle-même, d’une voix claire et ardente, jamais plaintive, Sylvie Testud apporte sa grâce, son intransigeance, son énergie subtilement contrôlée, à ce drame sans larmes, à ce combat spirituel et charnel d’une haute force tragique.
Armelle Héliot
Maison des Arts et de la Culture de Créteil, petite salle, à 20h30, jusqu’au 3 décembre (01.45.13.19.19). Le texte est publié par L’Avant-Scène n° 1190 du 1er octobre 2005 (12 €).
Le Figaro Jeudi 24 Novembre 2005.
Le feu et la grâce
Adapter pour le théâtre La Pitié dangereuse, l’admirable roman de Stefan Zweig, semble relever de l’exploit. Certes la situation bouleversante qui oppose Edith, la jeune paralytique avide d’amour, et Anton, qui n’éprouve pour elle que de la pitié, est très théâtrale, très spectaculaire. Mais l’écriture de Zweig est si riche et si délicate, la psychologie de la jeune fille emprunte des chemins si secrets, elle est suspendue à des fils si ténus, que le temps, l’espace, la langue, l’architecture propres au théâtre paraissent a priori condamner la transcription scénique d’une œuvre absolument romanesque.
Le travail de Philippe Faure dément ce préjugé et vient à bout de notre appréhension. Il est tout à fait remarquable, autant par l’habileté et l’honnêteté de la réécriture que par l’intelligence de la construction. Toutefois, Philippe Faure a beau faire, il ne peut aller au-delà du possible. Cette construction repose obligatoirement sur un principe de découpage, aux dépens du continu qui fait l’unité et l’harmonie du roman, et pour tout dire aux dépens de la chair du roman. Le théâtre imposait à l’adaptateur un assemblage séquentiel. Philippe Faure a géré au mieux cette nécessité, notamment au moyen d’une machinerie sobre et efficace, mais le resserrement, l’émondage qu’il a dû pratiquer sur le texte réduisent celui-ci aux dimensions d’un long synopsis, où seul l’essentiel est dit. Résume-t-on une œuvre aussi dense, dont l’addition des nuances fait la densité et le prix ?
À cette réserve près, on imagine l’émotion qui saisira le spectateur ignorant du texte de Zweig lorsqu’il en découvrira cette transcription. Car la violence y est, et la délicatesse aussi, et c’est leur chimie qui donne à l’œuvre sa résonance tragique si particulière. De même Philippe Faure a-t-il su restituer avec justesse la pesante atmosphère où se déroule le drame. Le sobre décor signé Alain Batifoulier est astucieux, sombre dans son espace central, et éclairé sur les côtés par d’ingénieuses lumières qui mettent en valeur des toiles peintes d’inspiration fauve et nabi. Au fond, une porte vitrée qui ouvre sur l’ascenseur d’où surgit, apparition brutale et poignante, la jeune paralytique dans son fauteuil roulant.
Parlons d’elle, qui domine le spectacle. Sylvie Testud est remarquable. Un étonnant mélange de force et de fragilité. Le feu et la grâce. Et sur le visage la douleur et la résolution, la jeunesse et la pureté. Albert Delpy, Benjamin Egner et, dans une composition très réussie, Bruno Sermonne l’entourent.
Peut-on ajouter qu’on a trouvé un peu envahissant l’accompagnement musical ? Et terminer sur l’évocation de la dernière image ? On y voit le jeune officier, immobile face au fauteuil vide dans la lumière qui décline. C’est très beau.
Philippe Tesson, Figaro Magazine 3 décembre 05
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Philippe Faure
Théâtre de la Croix-Rousse
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69317 Lyon Cedex 04
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philippe.faure@croix-rousse.com
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René Gonzalez
Théâtre Vidy-Lausanne E.T.E.
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CH-1007 Lausanne
0041 (0)21 619 45 44
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Frédéric Biessy et Frédéric Rousseau
Compagnie des Petites Heures
11 pass Ste Avoye
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01 42 71 86 17
cie.petites.heures@wanadoo.fr
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