Tournée 03:04


DU 10 AU 14 FEVRIER BETHUNE COMÉDIE DE BÉTHUNE

Tournée 05:06


DU 28 OCT AU 17 NOVEMBRE PARIS THÉÂTRE DE L'EST PARISIEN








© Bruno Amsellem © Bruno Amsellem © Bruno Amsellem





Bien sûr, je me débats comme je peux, avec mes mots. Mais ce sont des mots qui ne supportent pas le moindre geste un peu brusque. Des mots à brûle-pourpoint. ça te serait facile de les envoyer promener avec tes grosses mains...
Pourquoi est-ce que je te dis tout ça ? Parce que je ne suis pas ta femme, ni ta fille. Non, je suis ta petite-fille et ça, c’est nouveau. Nouveau pour toi, nouveau pour moi. Nouveau ! Alors, il faut que l’on en profite pour ne plus rien dire, ni rien faire comme avant. Qu’on en profite, tu entends ? J’adore l’idée qu’il y ait quelque chose de nouveau entre nous. T’adores pas, toi ?




Eux tout seuls
Philippe Faure présente sa nouvelle création née de sa rencontre avec Michel Baumann et Muriel Gaudin sur Le Malade imaginaire. Un duo séduisant de contrastes pour un retour du metteur en scène à l'efficacité brute du réel et des corps.

Le rideau se lève et là, le choc : où est passé le décor ? Deux personnages seuls en scène avec pour unique objet un canapé de cuir grenat ? Ils sont loin les coussins et autres ustensiles moelleux de la dernière pièce de Philippe Faure, qui appelaient au laisser-aller, au don de soi : dans L'Homme des giboulées, l'heure est à la distance, à la pudeur méfiante et à une incommunicabilité profondément ancrée. Toute cette austérité est portée par Maurice, un ancien dessinateur sur soie créateur de ces giboulées, jaillissement de couleurs de sa main d'artisan. Il reçoit la visite de sa petite-fille, Marie, fraîche et spontanée, à l'opposé du grand-père acariâtre et étranger au reste du monde. Ils ont perdu un être qui les unit, la fille du bouru, la mère de l'innocente, et ne se sont jamais parlé depuis l'enterrement : Marie veut juste humaniser ce lien de sang, la vivre, Maurice est trop plein d'aigreurs et de culpabilité pour saisir la simplicité de ce pas vers lui : le dialogue (la vie ?) tente alors de commencer. Le décor épuré, bordé de deux hauts murs sur lesquels sont projetés le clair obscur d'une lumière filtrée par des stores, fait en sorte que rien ne vienne parasiter l'immanence du texte et des corps. Comme dans un plan séquence, la rencontre se fait en temps réel, abolissant la frontière du récit et de la représentation, de la fiction et de la réalité : dans ce cadre du présent, Philippe Faure sublime deux acteurs, mais aussi la confession d'un homme rongé par le silence.
La belle et le bête
L'espace ainsi dénudé, la pièce prend forme à travers l'agencement touchant des deux personnages. Comme dans une exploration géographique de l'intime, le charismatique Michel Baumann et la lumineuse Muriel Gaudin évoluent méthodiquement en décalage l'un par rapport à l'autre : le premier terrestre, planté et indéracinable à l'image de son refus d'aimer, la seconde aérienne, déroulant savamment ses pas et cherchant le contact du monstre, ses mains, ses jambes, à l'échelle d'enfant plus qu'à celle de femme. Marie parle passionnément et renvoie au sens, à la nécessité des mots, ceux qu'un vieil homme n'a jamais su dire. Sous ce texte, les corps changent, découpés par la lumière variante te les rayons des stores, formant des ombres liées, autre "nous" possible, encore crépusculaire et fragile, mais palpable. L'Homme des giboulées porte beaucoup des angoisses et de l'humanité de son auteur, en appellent à ses héros comiques ou tragiques que sont De Funès, Genet et ses Bonnes qui incarnent si bien le rapport charnel de l'amour à la haine, et Brel clamant finalement le retour salvateur de sa Mathilde. En une heure, la relation passionnée d'un metteur en scène à ses deux acteurs prend le pas sur un spectacle où l'émotion reste contenue. Une composition d'un tableau pudique que clôt l'éclat des giboulées, comme le prologue d'une longue et belle histoire.

Nathalie Duchambon, Le Petit Bulletin, nov 03

Le rendez-vous est pris pour parler plus en détail de cette dernière création écrite et mise en scène par Philippe Faure. Mais d'ores et déjà, on soulignera la qualité d'écriture, âpre et nue, de cette pièce qui organise la confrontation de deux générations (un grand-père et sa petite-fille). Et la performance des comédiens, est d'une intensité à couper le souffle.

Nicolas Blondeau, Lyon Capitale, nov 03
Dans une veine intimiste, Philippe Faure écrit et met en scène l’affrontement d’un grand-père et de sa petite fille. Simple et touchant à la fois.

Des giboulées canon
On se fait souvent une fausse idée de l’austérité. On l’associe généralement à un ennui aride, à quelque entité abstraite, inaccessible au commun des mortels. Avec la pièce qu’il a écrite et mise en scène, L’Homme des giboulées, Philippe Faure offre un cinglant démenti à cette assertion. En refusant toute afféterie, tout effet ostentatoire, non seulement il touche ce qui constitue la vérité intime des deux personnages dont il organise la confrontation mais, de surcroît, il captive le spectateur qui ne peut se sentir étranger à ces deux êtres pétris d’humanité, aux deux comédiens qui les incarnent d’une si convaincante façon. De fait, on comprend vite que le décor constitué d’un canapé et d’un mur blanc sera l’écrin idéal pour accueillir les mots qui seront prononcés. Loin d’être une facilité d’artiste en panne d’inspiration, cette scénographie a minima permet d’être attentif aux intonations de chaque parole et au moindre déplacement des corps – reflété au surplus par des ombres qui viennent se découper sur la cloison grâce à des lumières précisément distribuées. C’est surtout la conséquence logique de l’écriture de la pièce. Cela surprendra sans doute ceux qui gardent en mémoire le dernier one-man show de Faure, plein de délirantes fantaisies, mais sa particularité est ici d’être acérée, brute de décoffrage, d’une saisissante nudité. Style à l’image du grand-père, Maurice, un ouvrier à la retraite autrefois spécialisé dans le dessin de giboulées qui, après la mort de sa fille, a décidé de bannir de sa vie tout ce qu’il croit inutile. Un taiseux qui s’enferme dans sa douleur comme dans une prison. Jusqu’à ce que sa petite fille , Marie, tente de le sortir de son isolement volontaire.

Haute tension
Il est évidemment hors de question de révéler ici si elle y parvient. On peut en revanche affirmer que leur rencontre tient en haleine, sans une baisse de rythme, durant plus d’une heure. Il ne s’agit pas d’un dialogue élégant où chacun essaye de se montrer plus brillant que l’autre. Mais de la confrontation de deux caractères bien trempés, de deux points de vue divergents qui ne font pas de concessions. Chacun se livre sans retenue, pris soudain par l’urgence de dire sa conception sur l’essentiel de ce qui fonde toute existence humaine. La difficulté et l’absolue nécessité de l’amour, le gouffre dans lequel on tombe lors de la disparition d’un être cher sont examinés par le vieil homme ténébreux et la lumineuse jeune fille. L’obscur Michel Baumann et l’éclatante Muriel Gaudin s’emparent à bras le corps de ces rôles écrits sur mesure. Et ils nous offrent un impressionnant duo.

Nicolas Blondeau


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