Les Misérables
En attendant Les Misérables en octobre 2011
Tout commence par le peuple. Tout finit par le peuple. Les Misérables sont le roman du peuple. C'est un bloc massif. Une sorte d'Himalaya littéraire. On n'entre pas dans Les Misérables , on se mêle à eux, on se confond avec eux, on s'abîme avec eux, on se perd dans la multitude de l'insaisissable. Tout commence par le vol d'un pain. C'est le point de départ d'une destinée. Celle de Jean Valjean. Ce vol (presque innocent) ébranle quasiment le 19ème siècle.Ces quantités profondes d'êtres inconnus vont soudain prendre corps, visage. Ce seront Fantine, les Thénardier, Cosette, Javert, Marius, Eponine, Enjolras, Gavroche…
Des replis de l'ombre, ils vont naître à notre conscience.C'est le roman vrai des pauvres, des dégradés, des déchus, des atrophiés, des écrasés. Victor Hugo n'est pas le "révolutionnaire". Il n'est que l'écho qui soutient la révolution. Il est un semeur d'idéal. Pas un homme de pouvoir, mais un homme de devoir. Le 26 février 1880, le jour de son 70ème anniversaire, il écrit cette simple phrase : « Je suis une conscience ». Son art n'est jamais conçu indépendamment de sa conscience. C'est un patriote de l'humanité.
Les Misérables sont tout à la fois un poème de la conscience humaine, un mélodrame, une vision historique, une chronique des temps, un manifeste politique, enfin, une création romanesque.Ce corps à corps avec le peuple à la manière d'Hugo m'a frappé l'esprit. Notre 21ème siècle déborde de situations à l'identique : pauvreté, inégalité, injustice. Tant de femmes, d'enfants, livrés à eux mêmes, abandonnés par la république. Cette république si peu réconciliée avec elle-même.Victor Hugo n'a jamais craint d'ériger des symboles comme on érige des barricades. La barricade dans Les Misérables est un moment insurrectionnel où presque tous les personnages vont comparaître dans le bruit et la fureur de la rue embrasée. Le Théâtre de la Croix-Rousse, depuis son premier jour, est "un théâtre d'essai populaire". Mais les temps, et nos engagements font qu'il s'est peu à peu défini comme une vraie "Maison du Peuple".
Le symbole est là. Nous en revendiquons la nature. Ce n'est pas un retour en arrière, c'est au contraire envisager l'avenir en conscience. L'utopie reste à prendre. Nous sommes partants. Cet éveil du peuple dont parle Victor Hugo à propos des Misérables, nous le revendiquons. Nous savons par expérience que le peuple sait se rassembler, unir ses forces. Nous n'attendrons pas que le mutisme ordinaire donne naissance aux barricades. Le destin du Théâtre de la Croix-Rousse est en marche : une Maison du Peuple pour être utile.
Philippe Faure




