Mardi matin, lendemain de présentation de saison. Quelques heures avant un départ pour Paris.
Que dire de la soirée d'hier au soir ? D'abord que peut-être nous n'avons jamais eu autant de monde à une présentation. Salle archipleine et beaucoup de gens qui n'ont pu rentrer, se contentant seulement de prendre le programme de saison. Ce succès est le signe d'une fidélité et d'une affection sidérante. Non seulement il n'y a pas d'usure mais j'ai eu le sentiment hier au soir d'une sorte de plénitude dans les rapports entre l'équipe du théâtre et le public.
Évidemment, je n'ai pu m'empêcher de commencer la présentation de saison par une sorte de "happening" à propos des différents ministres de la Culture que j'ai eu à connaître et en projetant sur l'écran les différents états dans lesquels les uns et les autres m'ont mis (une fois en petit rat de l'opéra, une fois un Superman, une fois en père noël, etc.). Ce fut assez délirant.
Ensuite est venu le temps avant de parler des spectacles, où j'ai formulé cette proposition de "maison du peuple" et d'utopie. Je crois que cette évolution, cette sorte de refondation a été parfaitement comprise et admise mais de cette refondation, vous trouverez tous les éléments dans le programme de saison que nous avons conçu comme une sorte de cahier intime.
Ensuite, j'ai dialogué avec les différentes équipes qui vont occuper le plateau du Théâtre de la Croix-Rousse. Sans rentrer dans les détails je dois dire que j'ai rencontré des équipes pleines d'énergie, de fantaisie, de désir, des équipes profondément heureuses "de faire du théâtre". De Sami Frey au Cirque Hirsute en passant par Zabou Breitman jusqu'à Laurent Pelly et les autres, toutes ces propositions regorgent de vie, j'allais presque dire d'allégresse.
Bien sûr, au milieu de cette présentation, il y eut l'intervention grave et bouleversante de René Gonzalez (directeur du Théâtre Vidy-Lausanne, l'un des plus innovants théâtres d'Europe) qui a longuement réfléchi sur la notion de Maison du peuple, nous félicitant avec une certaine solennité de cette remise en question, cela lui rappelant le temps où Vilar dirigeait le TNP (René Gonzalez ayant dirigé plusieurs grandes maison, l'Opéra Bastille, la Maison de la Culture de Bobigny, le Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis,… et maintenant le Théâtre Vidy-Lausanne). Cet homme c'est donc un homme de terrain et d'expérience, qui s'est réjoui de l'aventure du Théâtre de la Croix-Rousse.
Mais le bouquet de cette présentation fut le moment où je proposais à tout le public de venir s'adosser à la façade du théâtre en une sorte de peuple rassemblé, chacun ayant des pancartes comme s'il s'agissait d'une vraie manifestation. En effet, j'avais décidé de photographier "la manifestation de l'utopie". Pour cette photo, nous avions érigé une tour au bout de la place, de 5 mètres de haut, de sorte que photographes et cameramen puissent prendre une vue d'ensemble de cette manifestation. Ce fut un moment extrêmement poétique, totalement investi par les uns et les autres, plein de fantaisie et je dois dire que le photo de cette manifestation, qui sera dès aujourd'hui en une sur le site, est extraordinaire de tendresse, de couleurs et d'inattendus.
Oui, plus que jamais, je crois que le théâtre appartient au peuple, l'utopie aussi appartient au peuple et au fond ce que nous avons essayé de faire hier au soir n'est ni plus ni moins que de rendre au peuple ce qui lui appartient. En résumé, soirée d'une profonde humanité où chacun était heureux d'être ensemble : artistes, public, équipe du théâtre, techniciens, ouvreurs…
Dès aujourd'hui nous mettons en place notre nouveau site, sur lequel une équipe travaille depuis plusieurs mois. Nous avons voulu qu'il soit inventif, ludique, bourré de petites vidéos, engendrant des liens permanents entre les rubriques, quasiment comme un hebdomadaire où chaque jour les actualités qui touchent de près le théâtre seront exploitées et développées. N'hésitez pas à nous faire part de votre sentiment sur ce nouveau site.
Voilà, tout est dit sur la présentation de saison. Toutes les bases sont posées. Maintenant tout reste à faire. Mais je voudrais profiter de cette première intervention dans mon blog pour dire combien je suis touché par la confiance, l'attention et l'affection de milliers de gens qui ont fait du Théâtre de la Croix-Rousse "leur maison" et qui savent qu'ici on préfère donner que prendre, aimer que mépriser, inventer que radoter, comprendre qu'avoir raison, se réjouir que de se morfondre.
Chers amis, l'utopie est en marche.
Philippe Faure