La saison par Philippe Faure
De 30 à 10 spectacles. Pourquoi ?
Voilà une décision radicale. De 30 spectacles les dernières saisons, nous passons à 10 aujourd'hui. Première conséquence, plus de spectacles "météorites" qui ne restent à l'affiche que deux ou trois jours. Seulement des séries entre 8 et 15 représentations. Ainsi les artistes et le public ont-ils le temps de se rencontrer. L'équipe du Théâtre a-t-elle le temps de mieux accompagner les troupes, de mieux s'investir de son travail. Finie cette sensation de vertige où les créations s'enchaînent de manière inflationniste. Chacune doit occuper son espace sans précipitation aucune. Evidemment, les choix ont été plus serrés, plus abrupts. L'exigence artistique y trouve naturellement son compte. D'autre part, compliqué, avec trente spectacles, d'affirmer une identité, même si le mélange des genres peut être tentant (et nous avons souvent succombé à la tentation). Il s'agit par cette décision et ses conséquences de prendre définitivement le risque du théâtre. Le Théâtre de la Croix-Rousse est bel et bien une maison de théâtre. Par ces temps pour le moins incertains, et parfois indifférents, nous avons décidé de concentrer notre travail sur l'enjeu artistique et sur l'enjeu politique. Les artistes qui nous accompagnent cette saison sont de précieux artisans du théâtre. Ils l'inventent avec soin, avec imagination, avec audace, avec singularité. Mais chacun d'entre eux a conscience que le théâtre est d'abord et avant toute chose une affaire de fraternité. Cette radicalité de 10 spectacles parce qu'il est temps de revenir à l'essentiel : le théâtre qui tente, qui brave, qui persiste, qui persévère, qui rêve, qui imagine, qui tient bon. Comme une énergie en attente.
Philippe Faure




