Si Le Pélican n’est pas la pièce la plus connue de son auteur, elle n’en reste pas moins un chef-d’œuvre de noirceur et d’émotion où se mêlent les grandes préoccupations de Strindberg. La figure inquiétante de la femme, l’incommunicabilité ou la fièvre de l’argent sont ainsi les thèmes décortiqués par ce drame familial poignant. Servi par une distribution époustouflante, Dominique Reymond en tête, le travail du jeune Gian Manuel Rau est tout simplement brillant...

On pense aux films de Chabrol, à un Merci pour le chocolat où l’insaisissable mère - Isabelle Hupert, impériale - empoisonnait à petit feu sa propre famille. L’atmosphère est noire, étouffante, emplie par cette somme vertigineuse de ressentiments qui transpirent de chacun des personnages. Mais quel rapport avec le « pélican » ? Il paraîtrait que l’animal peut nourrir ses petits de son sang, aux dépens de sa propre vie... La comparaison avec Elise, mère vampirique et majestueuse de la pièce, se fait alors dans une totale opposition : Elise a détourné l’argent du ménage, affamé ses enfants et marié sa propre fille à son amant. La pièce s’ouvre dans ce décor cauchemardesque et sur la mort du père, alors qu’est trouvée une lettre de la main du défunt dénonçant les secrets de son épouse. « Brillante sonate sur l’égoïsme et le revanchisme », dit Gian Manuel Rau... Et se joue bien là une partition terrifiante, emmenée par une incroyable Dominique Reymond, beauté vénéneuse et troublante à l’origine de ce tourbillon destructeur. Sans concession, magnétique... du grand art !