Partie de bons mots, de répliques sarcastiques, ou Fin de partie, comme fin d’un jeu absurde contre la solitude, la mort et le vide. Beckett réunit dans ce grand texte tous les sujets de sa dramaturgie et fait de ce terminus une réjouissante fresque burlesque et tragique, portée ici par d’incroyables comédiens. Alors ? Prêts à jouer pour ne rien gagner ? Sauf peut-être beaucoup de plaisir.

Ils sont deux, cruels et touchants. Hamm, le paraplégique aveugle, condamné à être assis, et Clov, son domestique néanmoins fils adoptif, condamné à être debout et à satisfaire les lubies toujours plus extravagantes du « maître ». Ils sont deux, parfois interrompus par les sorties intempestives de leurs parents, déjà morts ou encore vivants, enfermés dans des poubelles. Deux, dans cet espace flottant, cube gris dépouillé tel un simple croquis sur papier, fidèle à « l’intérieur grisâtre sans meuble » exigé par Beckett. Bernard Levy a respecté à la lettre les indications de l’auteur, parcours du combattant l’ayant mené à un magnifique spectacle où les deux clowns duellistes arrachent les larmes comme les rires. Hamm et Clov échangent les mots pour mieux combler la vacuité de leur existence, racontant à leur façon la décrépitude et la perte de sens. Ce huis clos-là fait l’expérience jubilatoire et terrifiante de la routine : pour ces deux clochards beckettiens, la « fin de partie » s’annonce indéniablement comme un grand moment de théâtre.