« L’ esclavage où je me trouvais en Amérique m’était très pénible, et je me suis peint sous les traits d’un jeune gaillard qui vend sa femme pour recouvrer sa liberté... » Paul Claudel évoquait en ces mots le personnage de Louis Laine, héros de L’Echange, pièce composée de 1893 à 1894 entre New York et Boston, l’une des plus jouées de son répertoire. C’est aujourd’hui un regard de femmes, celui de Julie Brochen et de Valérie Dréville, qui éclaire magnifiquement ce drame lyrique et épique, où amour rime avec déchirement...

Le jeune Louis Laine est ce métis, fils d’Indien, qui a quitté la France avec son épouse Marthe pour les Etats-Unis. Il travaille chez le richissime Thomas Pollock Nageoire, marié à une actrice désinvolte, Lechy, minée par le désir et l’alcool. Deux couples et beaucoup d’argent en jeu... Ou comment un milliardaire fait le pari de payer pour posséder la femme innocente d’un jeune immigré. Cette première version de L’Echange, Julie Brochen la voit « plus fascinante, plus opaque, plus sombre et violente ». L’énergie impitoyable du verbe se mêle aux situations extrêmes, crues, pour parler d’amour comme peu d’œuvres ont su le faire. Ces quatre personnages, saisissants et inoubliables, sont une matière poétique idéale pour la directrice du Théâtre de l’Aquarium et ses comédiens. Julie Brochen sera Marthe, objet du cruel marché, seul personnage réellement sauvé par Claudel... Créé cet été 2007 au festival d’Avignon, L’Echange bouleverse et pose la question essentielle, trop souvent oubliée, du prix de l’intégrité.