En 1948, Ionesco décide d’apprendre l’anglais. Grâce à la méthode Assimil. Le manuel de Chérel, L’anglais sans peine, mettait en scène des Anglais typiques dans un quotidien dérisoire. Pour Ionesco, c’est la révélation. M. et Mme Smith, M. et Mme Martin, Mary la bonne et le capitaine des pompiers vont être les héros délirants, absurdes, pathétiques et surréalistes d’un dérèglement tous azimuts. Un chef-d’œuvre du XXe siècle va naître. Ionesco invente « l’effondrement du réel ».

Théâtre abstrait, drame pur. Anti-thématique, anti-idéologique, anti-réalistesocialiste, anti-philosophique, anti-psychologique de boulevard, anti-bourgeois, c’est tout cela à la fois, cette Cantatrice chauve. C’est une quête aussi. Comme si, derrière les mots, il y avait un sens caché, une vérité, une pureté ignorée. A bas la logique ! Vive l’abstraction ! Débarrassons le plancher de toute raison ! Sus aux petits bourgeois, aux idées reçues ! Les Smith et les Martin ne savent plus parler, parce qu’ils ne savent plus penser. Daniel Benoin, qui fut pendant plus de vingt ans le directeur de la Comédie de Saint-Etienne, est aujourd’hui directeur du Théâtre national de Nice. Avec cette Cantatrice, il s’en donne à cœur joie. Sa mise en scène est élégante et impitoyable. Elle est amoureuse de Ionesco.