Ils sont jeunes, beaux, insouciants et orgueilleux. Ils ne connaissent encore rien des jeux de l’amour et entrent dans cette danse aveugle avec l’élan de l’insolence, la peur de l’inconnu et un égoïsme protecteur. Perdican et Camille, malheureux amoureux de Musset, étonnent aujourd’hui par leur troublante modernité et leur capacité à émouvoir, encore et toujours. Une nouvelle saison comme nouvelle occasion de présenter ce succès maison incontestable.

« Point de maniérisme, de convention intellectuelle ou esthétique, mais l’œuvre d’un poète un peu blessé, rieur aussi, sans pitié. Il y a comme un effroi... » Le regard de Philippe Faure sur Musset donne immédiatement à voir tout le paradoxe dans lequel sont brutalement plongés les jeunes protagonistes d’On ne badine pas avec l’amour. Le père de Perdican a toujours rêvé l’union de son fils avec sa cousine Camille. Quand les deux enfants rentrent enfin au château, leur chemin semble donc tout tracé. Mais la demoiselle se refuse d’abord à son fier cousin, au risque de lui faire perdre la tête. L’appétissante Rosette, paysanne, sœur de lait de Camille, sera alors un appât facile pour aiguiser jalousie et désir... Ce badinage ironique et innocent bascule pourtant dans la tragédie, bien loin d’un caprice - ce sentiment tellement abordé par l’auteur - sans conséquence. Dans ce monde imaginé par Philippe Faure, des figures noires se détachent, fières et dures, s’aimant et se fuyant, sur un pré d’herbe verte, tendre, prête à subir sans faillir le drame inéluctable qui se joue. Par cette élégance rare, ce minimalisme subtil, la poésie lyrique et grave de Musset prend plus que jamais sa portée.